1 mai 2012

Yolanda Lambda




Premières lignes
Yolanda venait d’avoir quarante ans. Le bel âge. L’âge mûr des femmes. Celui où elles passent de plus en plus de temps devant le miroir en remettant un petit quelque chose en place : une mèche où se mêlent quelques cheveux blancs, un petit coup de khôl perdu dans une patte d’oie, un décolleté à réagencer, une robe d’il y a dix ans ressortie du placard, à réajuster autour des hanches,… Et puis quelques fois il y a d’autres choses à revoir : un mari un peu trop encombrant, une famille quelque peu étouffante, des collègues qui servent désavantageusement de miroir, des activités plan-plan en veux-tu en voilà.


Dans un ordre non réglementé, Yolanda, elle, s’adonnait passionnément : au repassage, poussant le perfectionnisme à ôter tout pli de ses strings pourtant défraîchis par ailleurs, comme s’il s’eût agi de son propre visage ; au ménage, car aucun grain de poussière sur cette terre ne devait jamais lui rappeler qu’elle retournerait un jour à leurs comparses, aucun microbe ne devait franchir la barrière fatidique du pas de la porte de sa maison Phénix achetée à crédit avec Pierre dans les années quatre-vingt dix ; à désespérer en regardant se battre régulièrement ses deux fils de dix-huit et seize ans tandis qu’elle étendait le linge en priant qu’ils ne vinssent pas s’ébrouer jusqu’à elle ; à ne manquer sous aucun prétexte les émissions sur la santé des cinquante-sept chaînes de sa télévision grand écran plat LCD agrémentée d’un ensemble home cinéma des plus cossus payé à crédit ; et à écouter la vie passer en compagnie des chansons de Dalida.

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