13 oct. 2011

L'art qui nous humanise


Tableau d'Isabelle Vialle

Il m’est venu une formulation de ce que je devine sans réussir à l’exprimer concernant le « courant » de peinture néo-expressionniste.
J’ai en effet, comme beaucoup d’autres, constaté que toute personne qui est face à une œuvre néo-expressionniste va être fascinée par celle-ci. Soit dans le rejet et l’évitement total : « ça me fait peur », « je ne préfère pas le voir », « c’est violent » (ou plutôt, je suppose, ça me fait violence), « c’est trop noir ». Soit dans l’admiration ou l’expression de l’œuvre reçue avec une émotion positive : « ça me parle », « c’est proche de moi », « c’est émouvant », « il y a une force », …
Puis je me suis replongée en pensée dans une formation de psychothérapeute que j’ai suivie il y a quelques années en arrière. L’Approche Centrée sur la Personne, sur des bases théoriques mises en expérience par Carl Rogers.
Dans cette approche humaniste, il y a trois grands piliers qui fondent la relation aidante : l’accueil positif inconditionnel, l’empathie et la congruence.
Or il se trouve que j’ai senti un parallèle intéressant entre ces diverses réactions, et les œuvres en question.


Par exemple, le peintre face à son tableau ne sait pas encore qu’il va parler à une personne concrète dans ce qui sort de lui. Car cela sort véritablement de lui, de ses tripes, de son cœur, de ses blessures, de sa colère présente, consciente ou inconsciente, de l’apaisement qu’il trouve dans le fait de peindre. En cela je dirais simplement que ce peintre est « congruent ». En résumé, il ne se ment pas à lui-même, n’affiche pas de masque ou de façade dans ce qu’il pose, ne cherche pas à plaire mais à être au plus proche de son ressenti. Première condition.

Ensuite il y a l’acceptation positive inconditionnelle. Acceptation de ce qui sort, et de la réaction des autres. Bien sûr on est conscient en faisant ce type de peinture que cela va susciter ces émotions extrêmes (je n’ai jamais entendu quelqu’un me dire que cela le laissait froid, indifférent). Bien sûr on accepte que cela puisse « effrayer ». Alors s’opère parfois, selon les artistes, une envie de défendre son être intérieur ainsi offert à l’autre, de l’amener à considérer que la part d’ombre en chacun de nous a aussi sa place. L’observateur est ramené à ses propres angoisses ou sentiments cachés, mis à nu ainsi. Il faut creuser en soi pour aborder ce travail. Les masques tombent et, oui, tout le monde n’a pas envie de les voir tomber.

Cela rejoint aussi l’empathie. Celui qui défend cet art, sent les sentiments de la personne qui regarde l’œuvre, ne le juge pas mais reflète ce sentiment. Beau, pas beau, là n’est pas la question. D’aucun ne la pose d’ailleurs. C’est juste de l’humain, pur et dur, qui prend forme dans ce que l’on voit, qui prend forme dans l’échange intime qui peut s’instaurer, qui parle toujours à qui le reçoit.

Oui j’ai aimé expérimenté cette formation, et, oui, j’ai appris à aimer cette forme d’art qui me rejoint en force, en poésie, en tourments que je peux vivre.

Je me souviens particulièrement d’un moment fort vécu devant un tableau d’Isabelle Vialle lors d’un vernissage à Lille à La Sécu. Je suis restée un long moment absorbée par l’oeuvre qui représentait, pour moi, la souffrance de l’enfant que les adultes manipulaient. D’un cri qui ne pouvait pas sortir, car interdit. Difficile de partager la même émotion avec quiconque. Elle m’est propre, et pour cela je la chéris. Y repenser, là, maintenant, me donne des frissons. En cela je me sens plus humaine. En cela je me sens plus proche de moi. En cela cette peinture m’a fait avancer, et donné envie de continuer mon parcours dans ce courant.

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