11 juil. 2011

Silence, on peint.


Silence. On peint.
La roue tourne sur des essieux dorés.
La peau se transforme en autel sacré.

Lambeaux de chairs aux ailes déployées.
Prête à s’envoler.
Révéler.
La main.
Du silence la main a l’aura incertaine de la lenteur qui gémit, de l’aigreur qui s’adoucit, de la fureur qui s’enfuit.
Et elle tire sans détours sur la chair aux ailes coupées. La peau s’égraine dans la beauté d’un instant volé.
« Aime moi ! Aile moi ! Aide moi ! Eve de mon moi sulfureux... je te veux. Tu m’appartiens »
- Laisse-moi »

Non pas encore. Je ne te laisse pas encore. Je ne te lasse pas encore. Je ne te blesse pas encore. Je ne t’abaisse pas encore.


« Chante moi !
- Que veux-tu que j’y chante... Je n’y entends plus rien. A tes faims. De loup inassouvi. Inassoupi. »

Pourtant. Pourtant le temps nous prend nos bonheurs, distribuant ses malheurs à tout va. Implacable temps qui échappe à l’homme que tu es. Homme que je suis parmi les femmes. Vivant et debout face à l’inanité de ce temps qui emporte. De ce temps qui se compte, nous décompte.
A rebours.

« Plus que dix jours...
- mais ? tu m’avais dit... enfin je croyais... j’avais pensé... tu crois que je.... pourtant c’était hier !
- Hier ?
- Oui. Hier... La ride s’était estompée et tu m’avais dit : chante moi. Tu te rappelles ? Tu te souviens ? Tu ne peux pas ne pas te souvenir de ce jour sans fin, jusqu’au lendemain ! Tu te rappelles comme j’étais belle de ce que tu étais beau ? Nous souriions à la vie qui s’annonçait. Aujourd’hui, tu me dénonces, tu me renonces. Tu m’assois sur un banc au milieu de la tourmente écrasante de tes jours qui n’en sont plus que dix. Pourquoi dix ? Qui a décidé ? Qui décide en haut lieu que dix c’est cinq jours, et encore cinq jours, puis quatre, puis trois, puis deux, puis rien. Rien que le jour J. Celui où se fond mon corps à ta page blanche. »

Elle s’accroupit. Regarde à ses pieds le ruisseau de ses pleurs inextinguibles. Elle prend dans ses deux mains blanches la lourdeur de ses pensées, traversée par le froid du ciel qui descend invariablement sur son front.

Epuisée. Oui c’est cela elle est épuisée. Toutes ses sources se sont épuisées en un filet de salive qui s’écoule de sa bouche entrouverte en hoquets réprimés.

Ne pas le toucher. Elle ne peut pas le toucher qui n’a plus de peau pour résister à sa déraison.
Elle lève les yeux.

Le regarde. Longuement. Timidement. Impressionnée par la beauté dure et pourtant si tendre de ses traits parfois enfantins, parfois chagrins, parfois si loin.
Il est loin et si près qu’elle pourrait pourtant le toucher ? Elle essaie, l’attrape au vol dans son filet troué. Il se débat et perce, encore, une tranchée dans le creux de ses reins.
Une main.
Sur un sein.
Elle s’assoit encore.
Et pleure encore.
Le onzième jour.

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